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01. Port de France

Jerge Brannan © (Texte : Quentin Nau/Gaëtan Rogez; Musique : Q.Nau)

En allant à mon Port de France
Pour y retrouver Constance
J’achète un bouquet de fleurs
Pour faire chavirer son cœur
Je prends des belles tulipes
Tout allumant ma pipe
Tout fringant et parfumé
Pour ma belle, ma bien aimée

Mais elle n’est jamais venue
La salope, la parvenue
Je l’attends encore cette catin
Mes tulipes dans la main

Recherchant des explications
Je file tout droit vers sa maison
A la tristesse s’ajoute
La colère et puis le doute
Energique je frappe à sa porte
Hors de question qu’elle s’en sorte
On m’apprend qu’elle est partie
Avec mon meilleur ami

Lui non plus n’a plus rappelé
Le macro, lui l’enfoiré
Je l’attends encore le salaud
Son poignard planté dans mon dos

Enfermé à double tour
Je constate que l’amour
M’a joué de bien vilains tours
Deux fois dans le même jour
Les tulipes sont à la poubelle
Sans Constance elles ne sont plus belles
Le couteau laisse quant à lui
Une blessure profonde à vie

Depuis personne n’est venu
Je suis seul et je suis perdu
Pas un amour à l’horizon
Sauf celui que donne la chanson
Depuis je chante mon malheur
Mon port de France dans le cœur

02. A la cueillette

Jerge Brannan © (Texte : Nau Quentin/Gaëtan Rogez; Musique : Q. Nau)

En allant à la cueillette dans les bois
Voilà qu’je croise ma voisine Madame Dorja
Elle avait un fusil…
Et allait tirer sur son mari

M’enfonçant un plus dans la forêt
Je découvre le pauv’e corps inanimé
De Jean Marcel Dorja
Une balle de fusil dans l’œil droit

En rentrant de la cueillette un peu plus tard
Je rencontre le curé l’père Tricotard
Il avait un couteau
Aux pêcheurs, il leur ferait la peau

Pénétrant dans la p’tite église du village
Je découvre avec horreur le grand carnage
Les fidèles étaient morts
Des blessures profondes sur le corps

Faisant une main courante à la police
Je dénonce les coupables de ces vices
Me voilà arrêté
Non assistance à personne en danger

Allongé sur la banquette de la prison
Mon voisin sort de sa poche un poinçon
Qu’il se plante dans le cœur
Et gît au sol dans la douleur

Après 40 de détention pénible
La vie à l’extérieur n’est plus possible
Pour r’trouver mes barreaux
J’assassine le premier poivrot

La morale de cette funeste chanson
C’est que l’Homme peut perdre d’un coup la raison
Mais le pire dans tout ça
C’est que les autres peuvent payer les dégâts

Si vous vouliez vivre en paix, tranquillement
J’vous caisse l’ermitage vivement
Peut-être qu’on se fait chier
Mais les ennuis ne risquent pas d’arriver

03. Le chant de la carabine

Jerge Brannan © (Texte et musique : Nau Quentin)

Tandis que je buvais un remontant
D’un repos mérité devant mes champs
S’envole une hirondelle devant mes yeux
Qui explose en plein ciel d’un coup de feu

De derrière les fourrées je vois paraître
Deux grands gugus armés vêtus de guêtres
De la queue frétillant leur épagneule
L’oiseau mort et gisant entre sa gueule

Allongé dans mon lit quand vient le soir
Je sue, je tourne, je crie dans mes cauchemars
L’hirondelle me revient ensanglantée
Me parle et me retient pour me chanter :

Qui aime se prendre de la chevrotine ?
Qui aime le chant que fait la carabine ?
Qui aime voir le sang qui dégouline ?
Qui aime voir leur gueule… gueule de vermines ?

Le lendemain ma vie avait changé
Soudain me vint l’envie de retrouver
Les auteurs du massacre de cet oiseau
Promettant je consacre le temps qu’il faut

J’attends tel un chasseur dans les fourrées
Des balles dans le chargeur de mon pistolet
Les deux gugus font leur apparition
A l’affût d’la douleur dans les buissons

Tel un fauve je bondis sur le premier
Le coup a retenti je l’ai flingué
Je décoche un coup d’poing au deuxième homme
Blessé il joint les mains, je lui chantonne :

Qui aime se prendre de la chevrotine ?
Qui aime le chant que fait la carabine ?
Qui aime voir le sang qui dégouline ?
Qui aime voir ta sale gueule… gueule de vermine ?

Avant de l’expédier dans l’autre monde
Sans jamais lui creuser – non – la moindre tombe
Je lui dis que j’ai un message urgent
Pour lui et son copain mort dans son sang :

« L’hirondelle a un message pour toi
Je suis un messager je suis sa voix
La roue tourne maintenant tu es la proie
Et si tu as le temps envole-toi »

Voilà qu’l’énergumène se fait debout
Sautant, il se démène –oui – tout comme un fou
J’ai bien cru qu’il allait fuir la pédale
Je tire un coup parfait l’homme s’étale

Qui aime se prendre de la chevrotine ?
Qui aime le chant que fait la carabine ?
Qui aime voir le sang qui dégouline ?
Qui aime voir ta seule gueule… gueule de vermine ?
Qui aime se prendre de la chevrotine ?
Qui aime le chant que fait la carabine ?
Qui aime voir le sang qui dégouline ?
Qui aime voir ta gueule… gueule de vermine ?

04. Une bande de cons

Jerge Brannan © (Texte : Nau Quentin/Gaëtan Rogez ; Musique : Q. Nau)

Longtemps j’ai cru que l’amitié
Se retrouvait à la récré
Je compris vite mon erreur
Passant pour le souffre douleur
Le grand Thibault, le p’tit Fernand
Prenaient mes billes tout le temps
Mes chaudes larmes n’y faisaient rien
Les polissons gardaient l’butin

A plus de 2
On est une bande de cons
Plus on en veut
Moins ils sont bons nos compagnons

Quand sonna mon adolescence
J’étais en pleine effervescence
L’amour avait nom Micheline
J’aurais voulu qu’elle le devine
Le grand Raymond, le p’tit Lucien
Montrait mon acné de la main
Mes chaudes larmes n’y faisaient rien
Les deux salauds se marraient bien

A plus de 2
On est une bande de cons
Plus on en veut
Moins ils sont bons nos compagnons

L’année de mon premier emploi
La triperie du père Chaussoi
Je crus découvrir l’amitié
En me confiant à Barnabé
Le grand Léo, le p’tit Henri
Savaient les détails de ma vie
Mes chaudes larmes n’y faisaient rien
Barnabé, lui rigolait bien

A plus de 2
On est une bande de cons
Plus on en veut
Moins ils sont bons nos compagnons


Renonçant à la confession
A la présence de compagnons
Je me livre dans mes chansons
Sans aucun risque de trahison
Le grand cahier, le p’tit stylo
Savent m’écouter sans dire un mot
Mes chaudes larmes ne coulent plus
Quand aux amis ? Je n’en ai plus !

A plus de 2
On est une bande de cons
Ce que je veux
C’est mes chansons et pour de bon

Bon j’ai quand même tout près de moi
L’ami fidèle, mon petit chat
Même si c’est vrai qu’on n’parle pas
Quand je suis triste il est bien là
Cette amitié particulière
Peut faire jazzer les plus austères
Mais mieux vaut un p’tit animal
Qu’une bande de cons assez banale

A plus de 2
On est une bande de cons
Ce que je veux
C’est mon chaton

05. Con de toi

Jerge Brannan © (Texte et musique : Nau Quentin)

Con de toi, est un hommage
A ma chère tante Marge
Elle qui fumait sa cibiche
En écossant ses pois chiches
Elle a été ma tutrice
Une mère, une bienfaitrice
Faisant mon éducation
A la terre et aux jurons

A la mort de mes parents
Je fus son premier enfant
Ne trouvant, c’eut été beau,
De messieurs à ses sabots
Bourrue et bâtie comme un mâle
Le nom d’femme lui allait mal
Elle n’était pas une Vénus
Juste un laidron de plus

« Con de toi », me disait-elle
Faut qu’tu penses à te marier
Sois un homme mais sois fidèle
Sinon mes mains vont t’briser
AU fond d’elle elle protégeait
Les jeunes filles trop esseulées
Je n’ai toujours pas de compagne
Mais ses paroles m’accompagnent

Le gosse que j’étais alors
N’oublie pas, coquin de sort,
Les pois chiches qu’elle écossait
Les chicots qui lui restaient
Derrière son masque de matrone
Et ses allures de pochtronne
Elle était douce et joyeuse
Ma bonne tante drôle de gueuse

Con de toi, me disait-elle
C’est même écrit sur sa stèle
Personne ne vient plus fleurir
Son tombeau, c’est triste à dire
Chaque année, moi son gamin,
Je ramène quand je reviens
Des pois chiches que je dépose
Sur sa tombe en pierres roses

06. J'ai un rendez-vous

Jerge Brannan © (Texte : Nau Quentin/Gaëtan Rogez ; Musique :Q. Nau )

Tout guilleret en me levant ce matin
L’amour va changer mon destin
J’ai rendez-vous avec Alice
Qui aime tant les myosotis
Rasé, coiffé et prêt à séduire
J’ai mis mes beaux souliers en cuir
Cherchant un fleuriste, je dois me presser
Car la femme – messieurs - n’aime point poiroter

J’ai un rendez-vous… avec l’amour
Tremblant du genou, j’vais faire la cour

D’un pas hâté, j’atteins la rue
Malheureusement, non, je n’avais pas vu
« Fleuriste en deuil ! », pas de myosotis
Car c’était le jour de l’armistice
Contrarié et rouge de colère
Cherchant une issue à cette galère
Il me faut trouver une fleur dare-dare
Le temps s’écoule et je suis en retard

J’ai un rendez-vous… avec l’amour
Tremblant du genou, j’suis à la bourre

Fêtant les morts de la seconde guerre
L’armée est au pas et les fusils en l’air
Fleurissaient les tombes de beaux pétunias
Je me dis : « les pétunias ? Eh bien, cela ira ! »
Je n’ai pu saisir qu’un bout pétale
Pris sur le vif, v’là qu’on me tire dessus
Sautant par-dessus les tombes je détale
Pour quelques fleurs fanées mon dieu est-ce qu’on tue ?

J’ai un rendez-vous… avec l’amour
Tremblant du genou, je risque lourd

Pénétrant dans un grand jardin public
Je me décide à prendre ses tulipes
Seul’ment je n’avais point vu le flic
Qui me siffle furieux : crénons d’une pipe
« Menu fretin, dit-il de sa matraque
A la main : « je te rosse si je t’attrape »
Le voilà qui court dans ma direction
Je fuis, j’ai peur qu’il me jette en prison

J’ai un rendez-vous… avec l’amour
Je sue comme un fou… rouge comme un four

Me remettant de mes émotions
Etre bredouille, je ne le veux que point
Alice sans fleur ? Ah non, hors de question
Je me décide à être l’auteur d’un larcin
Alors au grand maux les grands remèdes
J’arrache les fleurs des mains d’une aïeule
Elle crie, s’effondre, tristement décède
J’ai mes fleurs, de pauvres glaïeuls

J’ai un rendez-vous… avec l’amour
J’suis prêt à tout… s’il faut je choure

J’arrive enfin à mon rendez-vous
Alice est là, furieuse, elle me toise
J’avance, penaud, honteux je l’avoue
Il est temps pour moi de régler mon ardoise
Timidement, je montre mes mimines
Je montre mes fleurs, lui tend mes glaïeuls
Trois fleurs fanées qui ont bien triste mine
Elle les prend et me les jette à la gueule

J’ai un rendez-vous un autre jour
Franch’ment j’me fous de son amour

07. Mon cul sur la commode

Jerge Brannan © (Texte et musique : Nau Quentin)

Tandis que Luc dit le mot « truc »
Et qu’Marcelin dit l’mot « machin »
J’ai ma p’tite phrase bien à moi
Un « truc machin » qu’on n’oublie pas
Quand on ne trouve rien à dire
C’est la p’tite phrase qu’on peut sortir
Jamais ma phrase – non – ne se démode
J’vous dis : « mon cul sur la commode ! »

Tandis que Rose dit le mot « chose »
Et que Hercule dit l’mot « bidule »
J’ai ma p’tite phrase bien à moi
Un « bidule chose » qu’on n’oublie pas
Quand on ne trouve rien à dire
C’est la p’tite phrase qu’on peut sortir
Jamais ma phrase – non – ne se démode
J’vous dis : « mon cul sur la commode ! »

Tandis que José dit le mot « mouais »
Et que Fernand dit l’mot « ben non »
J’ai ma p’tite phrase bien à moi
Un « mouais ben non » qu’on n’oublie pas
Quand on ne trouve rien à dire
C’est la p’tite phrase qu’on peut sortir
Jamais ma phrase – non – ne se démode
J’vous dis : « mon cul sur la commode ! »

Tandis que Christophe dit le mot « bof »
Et qu’Bernadette dit l’mot « peut-être »
J’ai ma p’tite phrase bien à moi
Un « bof peut-être » qu’on n’oublie pas
Quand on ne trouve rien à dire
C’est la p’tite phrase qu’on peut sortir
Jamais ma phrase – non – ne se démode
J’vous dis : « mon cul sur la commode ! »

Tandis qu’Léon dit le mot « ah bon »
Et que Bastien dit l’mot « hein »
J’ai ma p’tite phrase bien à moi
Un « ah hein bah hein » qu’on n’oublie pas
Quand on ne trouve rien à dire
C’est la p’tite phrase qu’on peut sortir
Jamais ma phrase – non – ne se démode
J’vous dis : « mon cul sur la commode ! »

08. De la merde en barre

Jerge Brannan © (Texte et musique : Nau Quentin)

Me v’là en mauvaise posture
Ma radio ne marche plus
Je pars donc à l’aventure
Pour régler l’malentendu
Aucun des réparateurs
Ne peut réparer l’objet
Selon un c’est le moteur
D’après l’autre c’est l’tirbouquet
Ils ne font plus le modèle
Obsolète depuis 40 ans
Décidé, j’me mets en selle
J’achète un petit écran

Installé dans mon salon
Je ne cesse de contempler
Ma première télévision
En couleur s’il vous plaît
Tant d’images à la seconde
Des programmes à la pelle
L’ouverture sur le monde
D’un p’tit coup de manivelle
J’ai enfin une télé
Je me suis mis à la page
Je peux enfin regarder
Les nouvelles, les reportages

Quand vient le journal de 20h
J’mets des images sur le son
Je vois le sang et l’horreur
Raz de marée, exécution
Tous les films du dimanche soir
Ont au moins 20 explosions
Du sang et des coups de poignards
Freddy, Halloween, Jason
Je commence à me d’mander
Si j’ai eu une bonne idée
Je cherche un peu de beauté
Je zappe sans rien trouver

Le jour pointe à l’horizon
Je n’ai toujours pas bougé
Devant ma télévision
Je suis comme hypnotisé
Les images ont un pouvoir
Et se collent à mon esprit
Je file quand même au plumard
J’suis vidé, je vous le dis
Je passe la journée entière
A dormir d’un seul œil
Je vois les guerres, les misères,
Les tueurs et les cercueils

Invité, je dois sortir
Je fais à peine quelques pas
La peur vient de m’envahir
Il fait noir loin de chez moi
Je repense au hockeyeur
Qui massacre les habitants
Caché près d’chez mon coiffeur
J’en suis sûr, oui, il m’attend
La silhouette, sur le trottoir,
Me rappelle celle d’un voyou
Vu à la télé hier soir
Celui qui tranche les cous

Rebroussant chemin, je cours
Referme la porte chez moi
Je m’enferme à double tours
Je me glisse sous mon sofa
Le silence se répand
Sous la porte, un trait d’lumière
On s’avance lentement
Une silhouette est là derrière
Une clé se fait entendre
Mon voisin rentre chez lui
Cette histoire me fait comprendre
Que je plongeais dans la folie

Me ressaisissant enfin
Je rallume la lumière
Je m’empare d’un gourdin
Ma télé va prendre cher
Quelques minutes plus tard
Je dépose sur le trottoir
Le cadavre d’ma télé
Bon vent, elle me fout la paix
J’ai racheté une radio
J’ai quand même mes nouvelles
Mais il me reste dans mon cerveau
Des images, des séquelles

Vous qui avez la télé
Repensez à cette histoire
Qu’elle soit ou non inventée
C’est de la grosse merde en barre
Mieux vaut une discussion
Ou une toute petite chanson
Un p’tit dîner entre amis
Plutôt que cette saloperie
C’est un truc à rendre dingue
A vous foutre les miquettes
A sortir tous vos flingues
Ou à devenir tous tapette

09. Où es-tu mon amour ?

Jerge Brannan © (Texte : Q. Nau et G. Rogez ; Musique : Q. Nau)

De déceptions en peines de cœur
J’aimerais trouver l’âme seul
Je ne suis pas, non, un emmerdeur
J’ai aussi l’droit à mon bonheur
J’ai vraiment tout… tout essayé
Les poèmes et les gros bouquets
Les restaurants d’intimité
Ca n’marche pas, non rien n’y fait

Je me dis, certains jours
Où es-tu mon amour ?
Tu es là, quelque part
Je suis à l’heure, toi en retard

Je suis passé par des agences
Pour des rencontres réglées d’avance
Des speed dating américains
J’ai vu de tout, séduit en vain
Aucune femme n’a succombé
A mes avances désespérées
Aucune femme ne m’a choisi
Il y a un truc, je vous le dis

Je me dis, certains jours
Où es-tu mon amour ?
Tu es là, quelque part
Je t’attends, moi j’en ai marre

J’me suis tourné vers des mamies
Vers toutes celles qu’on a bannies
Vers les plus grosses, les plus petites
Et même vers celles dont l’âme s’effrite
Par désespoir ou par dépit
Ces esseulées ont quand même fui
Faut-il que je vire ma cutille
Et tirer un trait sur les filles ?

Je me dis, certains jours
Où es-tu mon amour ?
Tu es venue, au rencard
Te voilà mon cher Gérard

Messieurs pédés, messieurs homos
J’suis un de plus dans le troupeau
A vous mesdames, je tiens à dire
Qu’à vos côtés j’ai pu souffrir

Je suis allé me faire voir chez les grecs
Là où il n’y a que des mecs
J’y ai pu soigner mon pathos
Depuis je vis à Mykonos

Je me dis certains jours
Où es-tu mon amour ?
Tu es venu un peu tard
Pour changer toute mon histoire